Costaud et malin : voici le Chessboxing, où la boxe rencontre les échecs

Certaines disciplines semblent être faites pour s'assembler, même si elles n'appartiennent pas au même monde. C'est le cas de la boxe et des échecs, qui requièrent toutes deux une grande rigueur, une force mentale absolue et la capacité de réagir vite pour battre son adversaire. Le chessboxing, c'est le mélange de ces deux univers et la pratique semble promise à un bel avenir.
Le chessboxing : entre KO et échec et mat
Le chessboxing est exactement ce à quoi on peut s'attendre en imaginant un sport combinant échecs et boxe. Deux adversaires s'affrontent en alternant les tours d'échecs et les rounds de boxe de 3 minutes, jusqu'à ce qu'un des deux subisse un échec et mat ou un KO sur le ring. Le match se déroule sur 6 tours d'échecs et 5 rounds de boxe et il débute toujours par les échecs.
Aux échecs, il faut faire preuve d'anticipation, de lucidité et de sang-froid pour anticiper les coups de l'adversaire et le piéger en condamnant son roi. En boxe anglaise, ces mêmes qualités sont requises, mais il faut en plus être capable d'asséner des coups précis et puissants (jab, direct, crochet, uppercut pour les plus classiques) afin de déstabiliser l'autre, jusqu'à ce qu'il s'écroule ou que l'arbitre mette un terme au combat. C'est donc plus sérieux et plus demandeur que les batailles de polochons officielles !
Lors d'un match de chessboxing, il faudra être aussi fort mentalement que physiquement pour ne pas défaillir en passant rapidement des échecs à la boxe, et vice-versa, sur le ring qui sert de scène d'affrontement. Parvenir à conserver sa lucidité face à la table de jeu après avoir reçu un crochet du gauche au foie, ou se reconcentrer sur son adversaire pour éviter ses coups après une phase d'intense réflexion face au plateau, n'est pas mince affaire, et c'est exactement ce qui rend cette discipline aussi intéressante.
La naissance artistique du chessboxing
En 1992, le dessinateur Enki Bilal publie le troisième volet de sa BD "Nikopol", dans laquelle il imagine une compétition de chessboxing. Comme l'explique l'auteur primé à Angoulême en 1987, il cherchait à créer un sport où ses personnages se confronteraient en usant de qualités témoignant de l'excellence humaine, à savoir sa force et son intelligence. Les deux disciplines se sont imposées d'elles-mêmes, et c'est ainsi qu'est né ce sport symbolisant « l'excellence même », selon les dires de son créateur.
Il faut toutefois attendre 2003 pour que la discipline passe des cases de papier aux véritables rings. L'artiste Iepe B. T. Rubingh fonde la "World Chess Boxing Organisation" (WCBO) à Berlin, avec le slogan suivant : « Les combats se déroulent sur le ring et les guerres se mènent sur l'échiquier ».
La pratique se professionnalise ainsi, en puisant dans les règles des échecs, avec des parties en blitz (à temps de réflexion limité) et l'usage de casques anti-bruit pour ne pas entendre ce que disent les commentateurs, et dans celles du noble art tel qu'il a été pratiqué par Tyson, Pacquiao, Mayweather ou Inoue.
Une discipline en devenir, pour toutes et tous
Le chessboxing n'est pas, pour l'instant, le sport le plus pratiqué au monde, mais de nouveaux pratiquants viennent garnir les rangs des adeptes d'année en année. Il y aurait environ 500 inscrits à la Fédération de Chessboxing de France et plus de 3 500 chessboxers à travers le monde, répartis sur une trentaine de pays comme l'Inde, la Turquie, l'Italie, la Russie, le Kazakhstan, l'Algérie, l'Allemagne, la Grèce, les États-Unis et bien sûr, la France. Il se murmure même qu'un jour, la discipline pourrait se faire une place aux Jeux olympiques, si sa popularité continuait à s'accroître.
Le sport a intéressé certains scientifiques, qui se sont penchés sur les effets bénéfiques du chessboxing sur le mental et le physique, dans une optique de recherche sur des méthodes de développement global des athlètes. Ils estiment que le chessboxing pourrait également servir de support pour accompagner des adolescents en leur offrant une opportunité d'appréhender des notions de rigueur et de discipline, d'augmenter leur capacité de concentration (en déclin ces dernières années), tout en étant confrontés à la victoire et à la défaite dans un cadre bienveillant. Chez les jeunes qui ont du mal à se mettre au sport, cette nouvelle discipline pourrait être une révélation.
Loin des clichés parfois encore prégnants sur la boxe (« un sport violent », « il ne s'agit que de se taper dessus ») ou sur les échecs (« c'est ennuyeux », « c'est un jeu pour les vieux »), le chessboxing s'adresse à tous ceux qui veulent dépasser leurs limites.














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